C'était il y a des années, le regard bleu clair d'Ayden croisait celui d'une jeune femme pour la dernière fois et ce n'était pas si facile, ni pour lui, ni pour elle. Pour lui parce qu'il savait quelque chose qu'elle ignorait et pour elle parce qu'elle passait par une période difficile. Ayant le besoin d'un soutien après une énième dispute avec ses parents concernant un mode de vie qu'ils n'acceptaient pas, la jeune fille se rapprochait de sa silhouette et se blottissait dans ses bras pour se resserrer dans ceux-là et pouvoir pleurer sans penser une seule seconde qu'elle pourrait lui cacher sa tristesse afin de ne pas l'embêter avec ses soucis ; ils se disaient vraiment tout... Presque tout. Du revers de sa main, Ayden essayait d'effacer les larmes qui coulaient sur ses joues, sans arriver à les faire disparaître entièrement puisque d'autres apparaissaient par la suite. Ses mains se posaient sur ses épaules effleurant ainsi le tissu de son tee-shirt kaki, glissaient ensuite le long de celles-ci. Son front prenait place contre le sien et l'homme murmurait quelques mots doux pour la calmer, la rassurer, ce qu'il arrivait très bien à faire, bien qu'il était encore très difficile de le faire entièrement ; dans la ruelle sombre et étroite, des sanglots s'entendaient encore et encore. Ses lèvres se posaient sur les siennes tout en délicatesse pour partager un baiser rempli d'émotions, pour lui plus que pour elle d'ailleurs. Lorsque leurs lèvres se séparaient enfin, l'homme n'eut pas la force de rouvrir les yeux. Il lui soufflait de rentrer chez elle, de s'enfermer dans sa chambre et de se reposer, de se détendre. La jeune fille voyait ça différemment, souhaitait simplement passer la nuit avec lui pour ne plus se sentir seule, encore moins incomprise, mais savait pourtant bien que cela était impossible. Elle ne pouvait pas faire ce qu'elle souhaitait ; Kaitlyn avait 17 ans, lui en avait 20. Une différence d'âge peu importante, mais celui de la jeune fille ne lui permettait pas de pouvoir décider de ses propres choix, étant encore sous la charge de ses parents. La raison emportait tout de même le tout, Kaitlyn se retournait après avoir déposé un court baiser sur le coin des lèvres de l'homme qui partageait sa vie depuis deux années. Deux années qui s'achevaient comme ça sans que l'on ne la tienne au courant. Ayden ouvrait finalement ses yeux pour la voir partir, observer ses formes une dernière fois, puis, à son tour, se retournait en fourrant ses mains dans les poches de son jean bleu délavé, et s'en allait, le c½ur plus lourd que jamais, les yeux brillants qui voulaient en dire long sur son état.
Il y a des jours où l'on aimerait revenir en arrière dans l'espoir d'arranger les choses.
A quelques mètres, dans le centre-ville, un homme aux cheveux châtains, bonne carrure, assez grand, discutait avec une personne au téléphone, discussion difficile à en voir les traits de son visage, les sourcils froncés, les petites grimaces montrant à quel point sa contrariété était grande. La voix de l'homme se faisait de plus en plus entendre et derrière lui se trouvaient quelques amis, les bras croisés, dans l'attente de le voir éteindre son portable, ce qui ne se faisait absolument pas. On ne savait pas exactement avec qui il discutait, mais tout ce qu'on pouvait deviner, c'est qu'il était sur le point de perdre une personne qui lui était cher et tout le monde dans le bar non loin d'eux pouvait le remarquer aussi !
Dean ! S'exclamait l'un de ses amis, commençant à perdre patience. Il renchérissait en lui faisant comprendre qu'il serait sympathique de remettre cette conversation à plus tard, mais le jeune homme n'entendait rien. Il voulait la terminer, avoir des explications... Mais il n'en avait jamais eu l'occasion ce soir-là ; la personne au bout du fil préférait ne pas s'éterniser sur le sujet, murmurait quelques mots pour le saluer et raccrochait dans les secondes qui suivaient. Dean essayait de la rappeler, sans grand succès ; il tombait toujours sur le répondeur, ce qui l'énervait à tel point que son portable se retrouvait catapulté sur le sol avec une telle rage que celui-ci se brisait sur le coup.
Il y a des jours où l'on aimerait que tout se passe autrement. Il y a des jours où l'on aimerait comprendre.